Pavillons : les codes grands yachts convergent

REG 2024, Malte CYC 2025, Marshall 2026 : trois codes révisés, trois fenêtres de transition qui se referment cette année.

27 août 2026 · 5 min de lecture

Choisir un pavillon, c’était longtemps arbitrer entre quelques variables connues : la fiscalité, la qualité du réseau consulaire, la réputation auprès des assureurs et des autorités de contrôle, la souplesse sur les brevets d’équipage. En 2026, il faut en ajouter une autre, plus prosaïque et nettement plus contraignante : le calendrier. Les trois codes qui structurent le grand yachting commercial ont tous été révisés en moins de deux ans, et leurs fenêtres de transition se referment cette année.

Trois codes, trois dates d’entrée en vigueur

Le REG Yacht Code — celui du Red Ensign Group, qui fédère le Royaume-Uni, ses dépendances de la Couronne (île de Man, Guernesey, Jersey) et neuf territoires d’outre-mer dont les îles Caïmans, les Bermudes, Gibraltar et les îles Vierges britanniques — a été publié le 11 janvier 2024 dans son édition révisée, entrée en vigueur le 1er juillet 2024. Elle met à jour la révision de janvier 2019 et ses deux corrigenda, au terme de deux années de travaux avec l’industrie. Le périmètre n’a pas bougé : la Partie A vise les yachts de 24 mètres et plus en longueur de franc-bord, en usage commercial, sans cargaison et avec douze passagers au maximum ; la Partie B vise les yachts de plaisance de toute taille embarquant plus de douze et jusqu’à trente-six passagers. Juridiquement, ce code est une équivalence notifiée à l’OMI au titre de l’article 8 de la convention Lignes de charge de 1966, de la règle I-5 de SOLAS et de l’article 9 de la STCW. Ce n’est pas un régime allégé de complaisance : c’est un régime parallèle, assumé comme tel.

Malte a publié son Commercial Yacht Code 2025 le 4 juin 2025, pour une entrée en vigueur le 1er juillet 2025 en remplacement du CYC 2020. C’est sa clause de transition qui compte : les yachts certifiés sous l’ancien code doivent basculer au plus tard lors de leur première visite de renouvellement postérieure au 31 décembre 2025. Traduction opérationnelle : la bascule se joue en 2026, navire par navire, au rythme des renouvellements.

Le registre des îles Marshall a diffusé à l’automne 2025 son Yacht Code 2026 (MI-103), applicable depuis le 1er janvier 2026 en remplacement de l’édition 2021, pour les yachts neufs de 24 mètres et plus en longueur de franc-bord. C’est la révision la plus lourde depuis cinq ans : critères de stabilité affinés pour tenir compte des tendances de conception et des matériaux alternatifs, visite de poids lège obligatoire au moins tous les cinq ans avec ré-inclinaison si les écarts dépassent les seuils admis, règles nouvelles pour les locaux de stockage et de charge des batteries lithium-ion, et renvoi explicite au code IGF pour les installations GNL, hybrides et à carburant à bas point d’éclair.

Le piège n’est pas le contenu du code, c’est la date de pose de quille

C’est là que les projets se font surprendre. Le cas le mieux documenté est celui du REG. Après la publication de l’édition 2024, l’administration a reçu assez de questions de l’industrie pour convoquer un groupe de travail le 27 mars 2024, puis publier la note REG YC GI 2024/1. Celle-ci écarte deux exigences de la nouvelle édition : les critères de stabilité applicables aux ouvertures de coque dont le bord inférieur se situe à moins de 600 mm au-dessus de la ligne de charge maximale ainsi qu’aux garages à annexes inondables (Partie A, sections 11.5 et 11.6), et la protection passive contre l’incendie des locaux abritant des véhicules dont le réservoir contient de l’essence, sur les unités de moins de 500 GT. Mais elle ne les écarte que pour les navires dont le contrat de construction a été signé avant le 1er janvier 2025 et dont la quille a été posée au plus tard le 1er janvier 2026.

Cette date est derrière nous. Un projet dont la pose de quille glisse de trois mois ne perd pas trois mois de planning : il change de régime réglementaire, avec des conséquences de conception — francs-bords, garages à annexes, cloisonnement incendie — qui ne se rattrapent pas par une note d’exemption tardive. Le même raisonnement vaut aux Marshall : les contrats signés à partir du 1er janvier 2026 relèvent intégralement du code 2026, tandis que les projets antérieurs peuvent rester sous le code 2021 à condition que la quille soit posée dans les délais admis.

Ce qui converge, et ce qui ne converge pas

Au-dessus de 500 GT, les grands codes sont désormais largement alignés : les écarts entre REG, Malte et Marshall relèvent davantage de l’interprétation que du fond, et le mécanisme des Alternative Design and Arrangements — l’équivalence démontrée par le calcul plutôt que par la conformité prescriptive — est reconnu partout. C’est en dessous de 500 GT que la divergence persiste, précisément là où se concentre une grande partie du carnet de commandes.

Il faut aussi rappeler que le Red Ensign Group n’est pas un registre unique. Six administrations seulement — Royaume-Uni, Bermudes, îles Caïmans, îles Vierges britanniques, Gibraltar et île de Man — sont de catégorie 1 et peuvent immatriculer sans limite de jauge, de type ni de longueur. Les sept autres, de catégorie 2, plafonnent à 150 GT, extensibles à 400 GT par accord avec le Royaume-Uni. Un yacht de 45 mètres n’a donc pas treize options britanniques : il en a six.

Ce qu’il faut vérifier maintenant

Pour un navire en exploitation : la date de la prochaine visite de renouvellement, et le code de référence qui s’appliquera à cette occasion. Pour un refit lourd : le code des Marshall prévoit explicitement qu’une modification majeure peut déclencher la pleine conformité 2026 sur les sections concernées — un point à trancher avec la société de classification avant les travaux, pas pendant. Pour une construction : la date de signature du contrat et la date de pose de quille, écrites noir sur blanc, avant toute discussion de pavillon.

Le pavillon reste un choix stratégique. Il est simplement devenu un choix daté.

Sources

Portrait de Jean Pousthomis

Par

Jean Pousthomis

Master Mariner · STCW II/2 unlimited · Founder & DPA, Cursorio

Capitaine au long cours, fondateur de Cursorio. DPA externalisé pour superyachts privés détenus en propre ou via family office.

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